Appel à écriture Pratiques n° 85 – Titre provisoire : Refuser l’instrumentalisation

Chers auteurs,

Vous trouverez ci-dessous l’appel à écriture pour le Pratiques n° 85. Si le sujet vous intéresse, pouvez-vous nous signaler au plus tôt vos intentions et préciser le sujet éventuel de votre proposition d’écriture afin que nous puissions anticiper et prévoir le nombre de pages que nous pouvons accorder à chacun en fonction de la construction du dossier ?

Comme vous le savez, nous souhaitons laisser ouvert autant que possible et il est toujours possible d’ajuster, mais nous sommes très souvent débordés et contraints de demander des efforts aux uns et aux autres au dernier moment. Pour tenter d’améliorer ce point crucial de notre fonctionnement, merci de nous aider.

 De même, si vous connaissez des personnes qui souhaitent contribuer à ce numéro, n’hésitez pas à nous le faire savoir.

 Enfin nous sommes preneurs, pour la partie Magazine, d’articles autour de la santé hors du thème du dossier.

 Merci d’envoyer vos propositions à l’adresse de Marie-Odile Herter, secrétaire de rédaction : marie-odile.herter@orange.fr

 Au plaisir de vous lire,

 La rédaction

Pratiques n° 85 : Refuser l’instrumentalisation

Retour des articles : 1er février 2018

Publication : avril 2019

Le numéro 84 de Pratiques qui porte sur « Où va la psychiatrie » est en bonne voie. Comme il va déborder, et que le sujet n’est pas épuisé… nous avons décidé de poursuivre ce dossier dans le numéro 85, tout en orientant la commande d’écriture vers l’ouverture sur d’autres perspectives. Il s’agit de se laisser aller à imaginer différentes façons d’appréhender le soin, aussi bien psychique que somatique, dont certaines, déjà mises en place, ont été défendues jusqu’à maintenant.

En fait, l’idée serait d’aller un peu plus loin, voire ailleurs, et de partir dans l’utopie puisqu’au point où nous en sommes, il n’y a qu’en sortant des barbelés mortifères que nous pouvons espérer ré-enchanter nos métiers et répondre aux missions qui, elles, n’ont pas disparu.

On pourrait donc se laisser aller à esquisser un champ du soin décloisonné, recomposé, où l’organisation et les pratiques, aussi bien de la médecine dite « somatique » que de la psychiatrie, ainsi que de tous les champs annexes du soin, partiraient des réalités des personnes, du présupposé de leur intégrité corps psyché, des contraintes qu’elles subissent et de la souffrance qu’elles expriment, dont personne ne se soucie, sauf lorsqu’elles la décompensent et qu’elle devient un diagnostic digne d’intérêt, voire d’intérêts, pour la machine à soigner.

En ces temps de saucissonnage à l’extrême de l’individu en pathologies d’organes, handicaps, dysfonctions, désadaptations, déstructurations et autres inadaptations à la folie du monde, la question de l’affirmation de nos différences et la reprise en main de nos destins se pose comme jamais.

Face aux rêves de maîtrise de certains croyants de la neuroscience fiction, des partisans de la performance de nos cerveaux « augmentés » et de ceux qui espèrent en tirer profit, nous ne pouvons continuer à taire nos aspirations à vivre selon nos propres idéaux et à retrouver des manières de « faire société » qui aident les personnes à tenir face à l’adversité au lieu de les exclure.

La destruction de pans entiers de la psychiatrie, mais aussi la transformation forcée des lieux de soin en systèmes de réparation organique ambulatoires, c’est-à-dire sans accompagnement ni suivi sérieux, provoque la démission des professionnels les plus engagés. Usés, dégoûtés ou encore pire… complices, les acteurs du soin répondent de moins en moins aux besoins.

L’évolution vers la diminution d’attention à l’autre en difficulté, la disqualification du temps consacré à son écoute, l’inflation des contraintes, le conformisme à des normes déshumanisantes et surtout la volonté de nous cantonner à des actes techniques tendent à nous déposséder de notre capacité à inventer face aux situations du quotidien. Nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer, il faut d’urgence réaffirmer les conditions nécessaires à l’arrêt de cette destruction des lieux de soins, repli ultime. Il nous faut revendiquer le respect de nos métiers, de notre expérience, de notre éthique, de nos capacités à habiter et enchanter nos fonctions.

C’est en partant de l’incroyable gâchis que l’on impose à nos disciplines, mais aussi à toutes celles qui gravitent autour du soin ou de l’assistance, voire de l’éducation qu’il conviendrait de démontrer l’absurdité des manœuvres de déconstruction actuelles et leur opposer ce qu’on pourrait qualifier de projet « alternatif » : des professionnels qui retrouvent la passion de soigner, d’enseigner, de chercher et l’équilibre qui leur est nécessaire pour ce faire afin de répondre à la croissance des attentes de la population. C’est aussi, avant tout, de défendre une conception du sujet souffrant, citoyen, partenaire de ses soins et acteur de sa santé. C’est, enfin, une occasion d’énoncer comment on conçoit, chacun, ce que serait soigner en ignorant le carcan qu’on nous a construit petit à petit.